Paris Photo 2017: une 21ème édition haute en couleur

Du 9 au 12 novembre 2017, le Grand Palais accueille la foire internationale Paris Photo dédiée au médium photographique. 150 galeries et près d’une trentaine d’éditeurs d’art exposent aux visiteurs leurs trésors photographiques. Un point en image sur cette édition dans l’ensemble très réussie – Par Delphine Lopez

Les nouveautés

Cette année Paris Photo consacre une partie de sa programmation au film et à la vidéo d’art grâce à un partenariat avec le MK2 Grand Palais. Marin Karmitz, producteur, distributeur et fondateur de la chaîne de cinéma MK2 dont la collection est actuellement présentée à la Maison Rouge à Paris, et Matthieu Orléan, conseiller artistique à la Cinémathèque française dévoilent leur sélection de films d’artistes présentés par les galeries de Paris Photo.
À noter aussi, l’invité d’honneur de cette 21ème édition, le couturier Karl Lagerfeld qui a sélectionné parmi les milliers d’œuvres de la foire ses coups de cœur et inspirations. L’occasion de découvrir en filigrane l’univers esthétique du directeur artistique de la maison Chanel.

À lire: Fiac 2017: les temps forts de la semaine de l’art contemporain à Paris

Les grandes lignes

La grande tendance de cette année est très certainement le retour de la photographie noir et blanc. Après l’attrait pour les grands formats en couleur du début des années 2000, le noir et blanc reprend ses droits sur les stands de galeries dont les murs sont transformés pour l’occasion en écrin coloré.
Les petits formats, polaroids en tête, se déclinent également à toutes les époques, du plus contemporain aux débuts de la technique courant des années 1950.
Enfin, les travaux sériels abondent et prennent souvent une tournure documentaire qui témoigne des recherches au long cours menées par les artistes sur leur époque respective.

                Des architectures de rêves

En contrepoint du retour au petit format noir et blanc, les sujets architecturaux campent avec force dans les allées de la foire. De format moyen à grand, jouant sur les aplats de couleurs et flottant aux frontières de l’abstraction, ces clichés d’architecture moderne semblent traduire une quête contemporaine d’un regard apaisé et contemplatif sur notre environnement urbain immédiat.

Michael Schmidt, Ihmre Zentrum (Digital), 1997-98/2000, Nordenhake, Berlin; Mame-Diarra Niang, Metropolis series, 2016, Stevenson, Le Cape; James Casebere, Courtyard with orange walls, 2017, Templon, Paris. Paris Photo 2017. Delphine Lopez, The Wo/andering Mind

De gauche à droite: Michael Schmidt, Ihmre Zentrum (Digital), 1997-98/2000 – impression jet d’encre fine art, Nordenhake, Berlin; Mame-Diarra Niang, Metropolis series, 2016 – tirage jet d’encre sur papier coton, Stevenson, Le cape; James Casebere, Courtyard with orange walls, 2017 – tirage pigmentaire sur Dibon, Templon, Paris

                Art et photographie : à la croisée des genres

Quelques galeries ont osé prendre la tangente d’une définition stricte du médium photographique. En résulte une sélection d’œuvres d’artistes qui ont recours à la photographie en tant que technique support d’un travail plastique. Poussé dans ses retranchements, parfois malmené, le médium devient le sujet de l’œuvre.

Payram, Syrie 55, 2002-2010, Galerie Maubert, Paris; Jude Broughan, Precious, 2017, Benrubi Gallery, New York; Jiang Perngui, Dissolution n°20, 2017, Blindspot Gallery, Hong-Kong. Paris Photo 2017. Delphine Lopez. The Wo/andering Mind

De gauche à droite: Payram, Syrie 55, 2002-2010 – polaroïd 55, Galerie Maubert, Paris; Jude Broughan, Precious, 2017 – tirage pigmentaire sur papier archive et fil, Benrubi Gallery, New York; Jiang Perngui, Dissolution n°20, 2017 – film instantané et carton neutre, Blindspot Gallery, Hong-Kong

                Portraits intimes

L’histoire de la photographie est jalonnée de ces figures remarquables, anonymes ou officielles, prises aux moments clés de l’histoire ou dans le secret feutré d’une intimité; des traits et regards nous marquent et demeurent. C’est que la photographie a à voir avec une petite mort : elle est une démonstration incontestable du ça-a-été mais pêche à prouver que ça existe encore.

Ren Hang, Untitled 40, 2012, Blindspot Gallery, Hong-Kong et Phumzile Khanyile, Smoke, 2016, Magnin-A, Paris. Paris Photo 2017. Delphine Lopez. the Wo/andering Mind

Tobias Zelony, Lybid, 2016-2017, Kow, Berlin et Rachel Perry, Lost in Life (Receipts back), 2016, Ynacey Richardson Gallery, New York. Paris Photo 2017. Delphine Lopez. The Wo/andering Mind

De gauche à droite: Ren Hang, Untitled 40, 2012 – C-print, Blindspot Gallery, Hong-Kong et Phumzile Khanyile, Smoke, 2016 – impression jet d’encre sur papier coton rag, Magnin-A, Paris; Tobias Zelony, Lybid, 2016-2017 – tirage pigmentaire sur papier archive, Kow, Berlin; Rachel Perry, Lost in Life (Receipts back), 2016 – tirage pigmentaire sur papier archive, Yancey Richardson Gallery, New York

 À lire: Paris Photo 2016: à la surface d’une image, Peter Hugo, portrait politique

N’est pas d’art sans politique

Coup de poing visuel, formes plus sobres au message pourtant tout aussi assourdissant : quelques galeries ont fait le choix de présenter des artistes aux propos engagés. Tout de suite, ils dénotent avec la séduction lisse des autres. On pourrait trouver que c’est une drôle d’idée de présenter ce que, finalement, on voit sans cesse – certes sans jamais regarder ; ces clichés chocs de guerre dont la violence anesthésie l’œil et les consciences. Pourtant, l’œil de l’artiste, lui, veille et nous pique au vif.

Matthias Brugmann, _MG_1336, Somalie, 2009. galerie Polaris, Paris. paris Photo 2017. Delphine Lopez The Wo/andering Mind

Shali Ghadrian, Series: Little Everyday, 2002 – Silk Road Gallery, Tehran; Edward Burtynsky, Oil Bunkering #1, 2016, Flowers Gallery, Londres. Paris Photo 2017. Delphine Lopez. The Wo/andering Mind

Matthias Brugmann, _MG_1336, Somalie, 2009 – tirage pigmentaire sur papier archive, Galerie Polaris, Paris; Shali Ghadrian, Series: Little Everyday, 2002 – Silk Road Gallery, Tehran; Edward Burtynsky, Oil Bunkering #1, 2016 – chromogenic print, Flowers Gallery, Londres

Quelques déceptions cependant

Dans l’ensemble réussi de cette édition, quelques déceptions persistent. Une légère d’abord : l’agacement certain de revoir dans un événement de ce standing des œuvres présentées à l’identique l’année précédente.

Plus grave ensuite, celle de noter qu’une fois encore, Paris Photo comme sa consœur Fiac, pêchent à adresser la diversité du monde de l’art contemporain. Au premier rang des abonnés absents, l’Afrique avec une seule et unique galerie présente, la sud-africaine Stevenson à Cape Town. Et si l’on retrouve les œuvres de quelques (rares) artistes africains, il est navrant de s’apercevoir que les mêmes noms sont présentés d’une année à l’autre (l’artiste sud-africaine Zanele Muholi révélée aux Rencontres de Bamako en 2009, Guy Tilim ou encore Malick Sibidé dont les œuvres sont présentées en ce moment à la Fondation Cartier pour l’art contemporain). Une immobilité qui laisse l’impression fausse d’une création contemporaine africaine sclérosée.
Absence notable ensuite des galeries d’Amérique de Sud avec la présence deux galeries seulement sur 150 : Jorge Marra – La Ruche et la galerie Rolf Art & Henrique Faria, toutes deux à Buenos Aires en Argentine et la maison d’édition Livraria Madalena, à Sao Paulo au Brésil. Un manque de diversité regrettable, d’autant plus désolant dans une édition de qualité.

Image de couverture: Alexander Gronsky, Norilsk #3, Russie, 2013 – tirage pigmentaire, Polka, Paris.

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