Le Fond sauve la Forme du Salon de Montrouge 2016

Depuis près d’un demi-siècle, le Salon de Montrouge constitue l’un des bastions de la création contemporaine en œuvrant à la promotion et au développement d’un réseau professionnel d’artistes en début de carrière. Cette année, le Salon fait l’objet d’une transformation majeure et opte pour une logique plus proche de celle de l’exposition.

60 ans au service de l’art contemporain

Suivant la volonté de la Ville de Montrouge, le Salon a été fondé en 1955 sous la direction du peintre Marcel Derulle. Le Salon présente alors les artistes du moment, à l’échelle locale de Montrouge d’abord, puis s’ouvre peu à peu à l’échelle nationale. Des peintres comme Fernand Léger ou encore Pablo Picasso y exposent respectivement en 1965 et 1970.

Il faut attendre 1976 et le commissariat de Nicole Ginoux-Bessec pour que le Salon de Montrouge évolue d’un événement autour du présent de la création à un événement autour de l’art contemporain.
Dans les années 2000, le salon se développe tel que nous le connaissons aujourd’hui; tourné vers la jeune création contemporaine et offrant un espace d’exposition à de jeunes artistes en début de carrière.
Aujourd’hui, le Salon de Montrouge est un vrai tremplin pour les artistes qui y participent. Selon une enquête réalisée en 2015, 90% des artistes participant déclarent avoir élargi leur réseau professionnel durant le salon et 80% de ces contacts auraient débouché sur de nouveaux projets.

Une 61ème édition qui renouvelle le genre

Cette année, le Salon de Montrouge prend un nouveau tournant et affirme sa démarche curatoriale sous l’impulsion d’Amy Barack, figure incontournable de la scène contemporaine en France (ancien directeur du FRAC Languedoc-Roussillon, et président de l’IKT- International Association for Contemporary Art Curators) et de Marie Gautier, commissaire d’exposition et directrice artistique.

Les artistes exposés sont toujours sélectionnés par un comité composé de dix professionnels du monde de l’art dont Daria de Beauvais, curatrice au Palais de Tokyo, Xavier Franceschi, directeur du Frac Ile-de-France, l’artiste Raphaël Zarka actuellement exposé aux Beaux-Arts de Paris dans l’installation de Marc Dion, ou encore Emmanuelle Lequeux journaliste au Quotidien de l’Art et Beaux-Arts Magazine.

Cinq chemins de lecture

Sans adopter de façon stricte les logiques de l’exposition, cette édition est toutefois plus thématique que les précédentes et polarisée par cinq chapitres pensés en réponse aux grandes problématiques de la création contemporaine.
« Raconte-moi la Planète » témoigne d’une sensibilité de la nouvelle génération d’artistes pour les questions écologiques et l’avenir de la planète.
« Chez moi, chez toi, chez les autres » s’attache à la question de la subjectivité artistique dans un monde globalisé où l’image de soi inclue toujours celles des autres.
« Veille des formes » considère la récurrence des réflexions formelles propres à la nouvelle génération d’artistes exposés.
« Je t’aime moi non plus (à la folie, pas du tout) » soulève la question de l’altérité et de l’intimité dans une société où les notions de public et de privé tendent à se recouvrir.
Et enfin « Ironie de l’Histoire » met en lumière l’influence de l’actualité sur la création et son rapport à l’histoire et à l’histoire de l’art.

 

  • Mountaincutters, Heures- Reliefs II (détail), 2016- technique mixte. Photo: ©Delphine Lopez
    Mountaincutters, Heures- Reliefs II (détail), 2016. Photo: ©Delphine Lopez

 

Une scénographie un peu discrète

Ces cinq axes de lecture sont censés accompagner le visiteur et l’encourager à penser aux interactions entre les œuvres et à l’infinité de dialogues possibles entre elles selon le sens du parcours choisi. Que l’on commence par la gauche, la droite ou bien le centre, c’est à chaque fois un nouveau réseau de sens qui se tisse entre les propositions fortes d’une génération qui bouillonne d’idées.

Malheureusement, on perd très vite le fil conducteur de ces cinq chapitres matérialisés dans l’espace par une ligne de texte au sol et un code couleur sur les cartels des œuvres correspondant aux couleurs des lignes (vert pour « Raconte-moi la planète », bleu pour « Veille des formes », ect). La discrétion du marquage est vraisemblablement volontaire de la part des deux scénographes du Salon, Ramy Fischler et Vincent le Bourdon, afin d’éviter l’écueil d’une série d’œuvres étouffées sous un discours théorique plaqué sur elles.
Néanmoins, on regrette qu’il soit tellement discret qu’avant la fin du parcours, on ait déjà pu oublier par deux fois les thèmes du Salon ; oubli d’autant plus facilité par l’abondance des œuvres: pas moins de soixante artistes sont présentés- trente femmes et trente hommes (parité trop rare pour ne pas être soulignée).

Un espace trop petit

Et dire qu’il a quelques décennies, on exposait dans ce même espace près d’une centaine d’artistes. Ici, les œuvres paraissent un peu étriquées dans un espace visiblement trop petit : de chaque côté des cimaises les œuvres se battent pour leur aura, s’étouffent et se piétinent. Parfois, un véritable effort d’abstraction est nécessaire pour appréhender une œuvre sans l’influence physique et malencontreuse de sa voisine. Le dialogue originel des œuvres tourne souvent en dispute.

Mais de jeunes artistes talentueux

Malgré ces quelques critiques sur la forme, le fond lui, ne fait pas défaut. Les artistes sélectionnés font preuve dans leur pratique d’une maturité remarquable et nous offrent des œuvres aux qualités plastiques fortes, parfois teintées d’humour, toujours marquées d’une acuité et d’une énergie contemporaines qui font du salon un véritable espace d’émulation.

Dans un contexte hésitant où certains s’entêtent à projeter un avenir sombre sur la jeunesse, une visite à Montrouge constitue un vaccin efficace à la morosité, preuve que le talent, les idées et l’audace n’ont pas de limites.

61ème édition du Salon de Montrouge,
Le Beffroi, 2, Place Emile Cresp
92120 MONTROUGE
Du 4 au 31 mai 2016. De 12h à 19h. 7j/7. Jusqu’à 21h, le mercredi. Entrée libre.

 

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