Texturising Tate Modern – vidéo

Le 17 juin dernier, La Tate Modern de Londres a célébré l’ouverture de la Switch House, l’extension de briques rouges construite par Herzog et de Meuron pour les collections et les visiteurs de plus en plus nombreux chaque année. Passée l’agitation des célébrations du weekend d’ouverture entre performances et concerts, l’architecture minérale du bâtiment révèle toutes ses richesses à l’œil baladeur.

 

Texturising Tate

 

« Au revers du tissage de briques, la lumière traversante anime les reflets de gris des lignes saillantes. Brutalité d’un décor par là même devenu acteur du grand théâtre de l’Art »



À l’opposé du principe de la galerie « white cube » comme espace neutre pour accueillir les œuvres d’art, la New Tate Modern est conçue comme un acteur du dialogue entre les œuvres, l’histoire de l’art et le contexte contemporain. L’abondance des formes radicales et la multiplication de matières haptiques en font un objet aussi fascinant que les œuvres qu’il abrite.

 

Un chantier d’envergure

La New Tate Modern de Londres dresse fièrement ses 64,5 mètres sur la rive de Southbank, au sud de la Tamise. Sur près de dix étages avec, à la clé de l’ascension, une vue panoramique sur la ville, La Switch House accueille depuis le 17 juin dernier les visiteurs du monde entier venus découvrir ses collections mais aussi son architecture.

Cette nouvelle extension de la Tate Modern a été réalisée par le cabinet d’architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron déjà à l’origine du bâtiment principal. Alors que le projet dans l’ancienne usine datant de 1940 et construite par Sir Giles Gilbert était une réhabilitation de l’espace à partir des forces originelles de la structure, il s’agit cette fois d’une architecture ex-nihilo construite sur l’ancien site de la compagnie d’électricité UK Power Networks dont elle tire son nom (« switch house » : « salle de l’interrupteur »).

Vue en contre-plongée de la Switch House, Tate Modern, juin 2016 ©Delphine Lopez

Vue en contre-plongée de la Switch House, Tate Modern, juin 2016 ©Delphine Lopez

La façade extérieure et ses quelques 336 000 briques rouges rappelant l’usine voisine cite la forme du ziggurat, cet édifice religieux à degrés présent en Mésopotamie dans la seconde moitié du IVème millénaire avant J.-C.
À l’intérieur, l’architecture offre une augmentation de la surface d’exposition de près de 60% répondant ainsi au défi croissant d’accueil des publics. En effet, l’affluence maximale pour le projet originel des années 2000 était estimé à 2 millions de visiteurs environ par an. Hors, depuis plusieurs années , la Tate bat des records d’affluence avec pas moins de 5,7 millions de visiteurs par an en faisant les d’un musées les plus fréquentés au monde.

Un coût qui reste à amortir

Le coût de l’extension est de 260 millions de livres sterling financés majoritairement par le mécénat privé des fondations et des Tate Members (35,8 millions de livres), par le gouvernement britannique à hauteur de 50 millions de livres et enfin par les collectivités locales (7 millions pour l’autorité en charge du Grand Londres et 1 million de livres pour le district de Southwark).

À ce jour, il reste à trouver près de 30 millions à la Tate pour parachever le financement de l’extension, somme qui ne semble pourtant pas inquiéter Sir Nicholas Serota, son directeur depuis 1988, rompu à l’exercice du mécénat et des stratégies marketing (rappelons que le financement global du musée repose à 70% sur un apport privé ).

Un musée tourné vers son public

En concordance avec l’ouverture du nouvel espace, Serota a nommé Frances Morris tête de la Tate Modern.
Morris n’en est pas à son coup d’essai au sein d’une institution qu’elle maîtrise et dont elle a contribué à façonner l’identité : elle rejoint la Tate en 1987 en tant que conservatrice, puis est responsable des accrochages de 2000 à 2006 avant de devenir directrice des collections d’art contemporain international jusqu’à aujourd’hui. La conservatrice a notamment privilégié un principe d’accrochage thématique des collections délaissant la traditionnelle approche chronologique.
L’accessibilité des collections au public est l’un de ses enjeux principaux. Avec près de la moitié des visiteurs de moins de 35 ans, la Tate a su toucher un public jeune et familial que les nombreuses actions éducatives entendent continuer fidéliser.

A Bigger Story

Pour le nouvel espace de la Switch House, Morris souhaite écrire « une plus grande histoire » de l’Art en mettant en avant des artistes internationaux.
Au cours de sa carrière, la conservatrice a également organisé plusieurs expositions d’artistes femmes (Agnès Martin en 2015, Yayoi Kusama en 2012, Louise Bourgeois en 2007) et compte poursuivre sa ligne en exposant les artistes femmes qui forment près de la moitié des 800 œuvres de la Tate. La première exposition temporaire est d’ailleurs consacrée à Georgia O’Keeffe, peintre dont l’œuvre demeure sous-estimée par la critique.
À noter que 75% des œuvres ont été acquises depuis les années 2000, faisant de la collection de la Tate une des plus jeunes au monde pour une institution de cette envergure.

 

Les œuvres présentes dans la vidéo par ordre d’apparition (courtesy of Tate Modern)

Robert Morris, Untitled (Mirror Cubes), 1965 (reconstruit en 1971)- miroir et bois
Bruce Nauman, Corridor with Mirror and White Lights, 1971- bois, verre et néons
Ricardo Basbaum, Capsules (NBP x me-you), 2000- quatre capsules d’acier, tissu, mousse de polystyrene, écriture vinyl sur mur, fascicules, bandes audio
Cristina Iglesias, Pavilion Suspended in a Room I, 2005- acier
Gego (Gertrud Goldschmidt), Horizontal Square Reticularia 71/10, 1971- tiges d’acier et joints de métal
Marisa Merz, Untitled (Living Sculpture), 1966- aluminium
Rasheed Araeen, Zero to Infinity, 1968–2007- bois peint
Marwan Rechmaoui, Beirut Caoutchouc, 2004–8- gomme
Ai Weiwei, Tree, 2010- tronçons de bois et boulons

 

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